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Les tribulations d’une employée corvéable – Part I les stages

Posted by on 12 novembre 2017

Sortie de l’école en 2003 parmi les bonnes élèves, je n’aurai jamais pensé que ma vie professionnelle puisse être aussi chaotique. D’accord, je fais partie de la génération X de jeunes qui sont arrivés sur le marché du travail avec la CRISE. Cependant, ce mot m’énerve car il permet de formaliser  une situation qui pour moi reste inexplicable. La crise a bon dos pour justifier l’injustifiable. Déjà, durant mes stages en entreprises obligatoires pour obtenir mes diplômes (donnant droit à un statut cadre, ah bon, j’attends toujours), j’avais relevé pas mal de dysfonctionnements dérangeant pour une élève formatée par le système scolaire et idéalisant un peu le monde de l’entreprise.

Premier stage (1997) : archiviste dans l’antre des fonctionnaires (les pures, les vrais)

OK, j’étais encore très jeune (17 ans), mais je pense pouvoir aisément dire que ce stage ne m’a rien apporté sur le plan professionnel, mais en sortant de là, j’étais au moins sûre d’une chose : je serai incapable de travailler toute ma vie dans cet univers fantasmagorique. J’ai passé mes journées à faire des photocopies pour différents services pendant que mes responsables se vernissaient leurs ongles, tout en buvant du thé, tout en se racontant les derniers potins, tout en jetant un œil sur leur magazine préféré (comme quoi, quand on veut, on peut parvenir à faire plusieurs tâches simultanément, dommage que dans le boulot ils ne soient pas aussi efficaces).

♦ Temps de travail quotidien effectif : 20mn
♦ Temps de présence réelle au sein de leur poste : 2h30 maxi
♦ Horaires théoriques : 9h-11h54 (il faut bien 6mn pour arriver à la cantine)/14h06 (il en faut aussi 6 autres pour en revenir)-17h…

Ce qui me faisait encore rigoler, c’est que ces employés étaient sensés pointer avant de se rendre aux toilettes (interdiction de dépasser X minutes quotidienne, donc ils n’étaient stressés que par le temps passé à la pause pipi). Mais une fois au sein de leur bureau, rien n’avançait. Un soir, à 17h05, une pauvre nana encore sur place à une heure aussi déraisonnable m’a fait remarquer que j’aurai DÉJÀ dû m’en aller ! Elle avait l’air paniqué à l’idée que je puisse faire 5 minutes supplémentaires pour finaliser une recherche entreprise sur le web !!!

Premier constat : on peut effectivement être payé à ne rien faire, il suffit de connaitre les bonnes personnes (attention, je ne généralise par pour tous les fonctionnaires, mais ceux-là étaient bien bien bien gratinés). Ces gens ont de la chance d’avoir un poste permanent car sur le marché du travail, ils ne seraient plus exploitables dans une entreprise lambda du secteur privé.

Deuxième stage (2002) : photographe pour une gigantesque société d’aéronautique

Premier jour, méga stress, on était accueilli manu militari, on nous collait tous dans une salle où on nous faisait un speech du style «la 3ème guerre mondiale est à notre porte », « l’espionnage américain qui nous guette », plus bourrage de crâne de consignes de sécurité.
Bon bref, une bonne petite sieste devant un film moralisateur plus tard, on était « livré » à nos services respectifs, et là, force était de constater qu’une tout autre ambiance y régnait : cool, cool, il était 11H34, l’heure sacrée de l’apéro géant très alcoolisé, et au vue du stock c’était parti pour durer quelques heures…
Le téléphone sonnait dans le vide mais lorsque j’en faisais la remarque on me spécifiait bien qu’il ne fallait « oh grand jamais montrer aux collègues sa disponibilité car c’était mauvais pour l’image » ! On devait se faire désirer et ainsi, lorsque l’on répondait, enfin, l’interlocuteur était tellement content de nous avoir au bout du fil qu’il était prêt à vous donner la lune pour une intervention en urgence dans son service… OK, c’était un point de vu, ou plutôt un système pervers leur permettant d’être considéré comme des messies alors que ce n’était qu’une équipe de branleurs.

Un matin, un responsable du service après-vente demanda une intervention en urgence car chaque minute perdue coûtait des millions à la société.
3 personnes assises à attendre que le temps passe, 2 rdvs quotidiens au tableau et là j’entendis la réponse du chef de mon service :
« Ah non, ça ne va pas être possible aujourd’hui, on est blindé de travail ».
Puis, constatant ma tête face à cette réponse déconcertante, il rajouta :
« mais comme c’est toi, je peux te rendre un service, je peux t’envoyer ma stagiaire, mais tu me seras redevable, hein, ne l’oublie pas, on prend sur nous pour t’aider ».
Voilà comment commença ma vie de stagiaire, lâchée dans la jungle industrielle (classée Secret Défense) avec pour seule consigne « démerde-toi », pendant que les responsables étaient attablés à jouer aux cartes devant un apéro gargantuesque. Bon, c’est vrai, au final, c’est formateur. .. Lorsque je revins 3 bonnes heures plus tard de mon intervention, le staff était en train de faire la sieste, oui, la sieste, alors que moi je n’avais pas eu le temps d’aller manger pour réaliser leur job !

Le peu de temps de travail effectif était utilisé à mauvais escient. Je m’explique. Cette grosse société était pleine de véhicules de service utilisés pour parcourir le site s’étendant sur  plusieurs kilomètres. Un service de police interne à l’entreprise verbalisait tous véhicules jugés gênant pour la circulation. Les PV étaient alors adressés au service dont dépendaient leurs propriétaires. Chaque service tenant une comptabilité interne, c‘était donc la course chaque trimestre pour ne pas figurer au palmarès des plus mauvais élèves. Ainsi, tous les employés se mobilisaient  de nombreuses heures au téléphone pour trouver un moyen de faire sauter leurs PV.  C’était plutôt rassurant de constater qu’il y avait au moins un moment où ils faisaient preuve d’efficacité !

Je me souviens encore avec effroi de ma pire expérience professionnelle vécue à cette période.
Chaque WE, le personnel de mon service se servait allégrement dans les placards de l’entreprise en empruntant du matériel afin de travailler au black et d’arrondir leur super salaire (parce que c’était hyper bien rémunéré par rapport au rendement fourni). Enfin bref, un lundi matin, je me retrouvais toute seule au bureau. Personne, désert, nada. La sonnerie du téléphone retentit dans le silence. Ce jour-là, j’aurais dû obéir à la règle ultime régissant le service mais le minimum de conscience professionnelle encore présent en moi m’en empêchait. C’était l’assistante du PDG en personne qui réclamait une intervention l’heure suivante. Je pris note des directives à suivre et commença à préparer mon sac pour l’intervention, sauf qu’en ouvrant le placard à matériel, je me retrouvais devant un espace totalement vide !!! Comment expliquer au PDG, moi, la stagiaire, que mes chefs étaient absents sans motif valables et qu’ils avaient pris avec eux tout le matériel de la société et que par conséquent il m’était impossible de répondre favorablement à leur requête. J’avoue m’être sentie très seule ce jour là, surtout qu’aucun de mes supérieurs ne répondaient sur leurs portables respectifs que je pris soin de faire sonner non-stop dans l’illusion de les voir arriver…

Heureusement, la période des stages prit fin avec l’achèvement de mes études, laissant place alors aux jobs d’été, une toute autre forme d’esclavage moderne.

Job estival (2003) : filmeuse en station balnéaire

Fière de mon nouveau diplôme en poche, je trouvais une place de photographe dans une station balnéaire où résidait ma grand-mère. Par besoin d’argent (et oui, les études, ce n’est pas vraiment rémunérateur), j’acceptais un CDD pas très légal : « je te prends à temps complet, mais je te déclare à temps partiel, tu bosses 7j/7, de 10h jusqu’à 1h du mat, t’as pas de fixe mais un pourcentage sur les ventes »…  Et oui, la jeunesse tout fraîchement diplômée est un vivier intarissable pour les employeurs peu scrupuleux, corvéable à merci pour un salaire minimaliste.

Et puis voilà, c’était l‘année de la canicule et arriva ce qui devait arriver… à se jeter à corps perdu dans une aventure pareille en sortant de 5 années d’études acharnées et éprouvantes tout en étant épuisée, sous un cagnard étouffant… Je tombais malade… Dr =>arrêt maladie, et un retour rapide de la Sécurité Sociale me demandant qui j’étais ? Ben oui, c’est comme ça que je me suis rendue compte que mon employeur avait omis de me déclarer. Une fois remise (bien 3 semaines plus tard tout de même), je retournais régler mes comptes avec lui. Il me tendit alors une enveloppe avec de l’argent en espèce et une partie de chèques douteux reçus de clients en guise de salaire en me signifiant que oui, il n’avait pas eu le temps de me déclarer, mais qu’il compensait ça avec une méga prime de 20€ !!! Voyant mon mécontentement sur mon visage, il prit un ton accusateur en tentant de me culpabiliser en me faisant remarquer qu’à cause de ma maladie, il avait perdu du chiffre d’affaire, et bla et bla et bla…

Verdict, j’étais virée mais priée, tout de même, pour la forme, de rédiger une lettre de démission (ben voyons…).

 

A SUIVRE…

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