Un entretien hors du commun

J’ai longuement hésité à publier cet article, mais je me suis toujours interdite l’auto-censure. Après tout, je suis journaliste-rapporteur d’images de formation et la liberté d’expression est pour moi un droit fondamental.

Voilà, il faut que je vous raconte un entretien d’embauche passé dernièrement qui m’a laissé sur le cul, mais vraiment! Pourtant, je suis une habituée de la chose, j’ai dû en passer 200/300 dans ma vie professionnelle, j’ai même été assistante RH durant 2 ans, donc on peut dire que je suis plutôt expérimentée dans ce domaine.

26 décembre 2017 – 18h30 – Soit lendemain de Noël en mode digestion difficile, je m’apprête à sortir faire mes courses. Le téléphone retentit. Un numéro local. Je décroche. C’était pour du boulot. Chose à noter car à cette période de l’année, il ne se passe jamais rien.
A l’autre bout du fil, une RH d’un très Grand Magasin (que je ne nommerais pas, bien que les lèvres me brûlent de vous le révéler) qui me contactait suite à une cession de recrutement passée en novembre avec sa collègue pour effectuer des remplacements ponctuels pour Noël…

17 novembre 2017 – Alors déjà, petit retour spatio-temporel pour vous expliquer le contexte. Un matin, j’étais chez Pôle Emploi pour participer à une réunion d’information pour nous inclure dans un nouveau dispositif d’aide à la mise en relation candidats/employeurs dans mon domaine d’activité. A tour de rôle, on explique notre parcours et une nana de l’équipe pro de Pôle Emploi s’exclame « Les XX, il faut que je vous mette en relation avec eux » sans plus d’explications. Difficile de dire non. Elle me prend à part à la fin de la réunion collective et m’informe qu’elle m’a inscrite à une session de recrutement ayant lieu le lendemain matin.
Le jour dit, grève générale des transports, 4 km à pieds plus tard, me voilà dans une salle avec 30 personnes et une RH qui se fait attendre… Elle arrive avec beaucoup de retard, nous regarde et demande qui est présent suite à l’annonce publiée… Grand moment de solitude car zéro réponse positive. Elle hausse les épaules et nous informe qu’elle n’a que des CDD de 1 à 2 semaines à nous proposer, souvent à temps partiel (le rêve quoi)! Que si ce n’est pas ce qu’on recherche, on peut s’en aller après avoir signé la feuille de présence… Je demande s’il y a des postes en vente déco vue que la conseillère m’a inscrite pour ça et elle me dit franco « non, je n’ai rien pour vous« . Je reste malgré tout pour la rencontrer, après tout, je n’ai pas marché tous ces km pour rien, si cela me permet de me présenter en vue d’une future opportunité éventuelle, je n’ai rien à perdre…
L’entretien a duré 2 minutes 30 chrono. Aussi expéditif qu’inutile.

20 Novembre 2017 – 15h30 – Je reçois un SMS de Pôle Emploi me félicitant d’avoir été pré-sélectionnée (pour quoi, je n’en savais toujours rien) et que j’allais être recontactée pour un second entretien. Il n’a jamais eu lieu.

26 décembre 2017 – 18h30 –
– « Bonjour Mlle XXXX,
Je me permets de vous appeler suite à votre rencontre avec ma collègue en novembre.
J’ai un poste à vous proposer, il faudrait être libre d’ici 48h, c’est pour un CDD à durée indéterminé… »
– « Heu pardon Madame, un quoi?!? Un CDD indéterminé? »
RH qui s’énerve… « Oui, c’est pour un remplacement de congé maladie, je ne suis pas médecin, je ne peux donc pas vous dire pour combien de temps quoi!!! »
« Veuillez m’excuser mais un arrêt maladie a une durée initiale, qui certes peut être reconductible plusieurs fois, mais ça permet de se faire une idée de base… »
Elle m’interrompt. « Mais vous le voulez ou pas le poste???????? »
– « Mais vous ne m’avez toujours pas dit en quoi il consistait, Madame, mise à part que vous ne connaissez pas la durée du contrat... »
– « Pffff, alors c’est un CDD de 30h… »
Je me permis alors de l’interrompre. « Navrée, Madame, merci d’avoir pensé à moi pour ce remplacement mais j’avais bien spécifié à votre collègue durant notre brève entrevue que je n’étais absolument pas intéressée par les temps partiels. Vous comprenez, je vis seule, j’ai des factures à payer et j’ai besoin au minimum d’un 35h pour subsister« .
Et là, asseyez-vous bien, la RH me sort sur un ton condescendant : « Et donc, en attendant que ce poste vous tombe du ciel vous comptez faire quoi concrètement? Demeurer le cul sur votre canapé en attendant que ça advienne? Ah les chômeurs, vous voulez tous soit disant travailler mais lorsque l’on vous propose de bosser, là y a plus personne, vous préférez glander et profiter de vos vacances aux frais de la société!!! »
Je vais vous épargner ma réponse, qui fut aussi polie que sa remarque très déplacée. Bref, elle m’a mise les nerfs et j’ai mis plusieurs jours à décolérer.

02 Janvier 2018 – 15h30
« Bonjour Mlle XXXX, c’est à nouveau Mme XXX des XX… »
Dans ma tête:« non mais c’est une blague!!! Encore un lendemain de fêtes, après tout ce qu’on s’est envoyée à la tête la dernière fois, elle réitère? Elle me harcèle, c’est pas possible ». En réalité : « Oui, bonjour… »
– « Alors je me permets de vous recontacter pour vous proposer un autre remplacement, cette fois-ci à 35h, pour un CDD de 2 semaines pour le début des soldes, ça vous intéresse? »
– « Oui, pourquoi pas… »
– « Ha non, pas de pourquoi pas, ça vous intéresse OU PAS??? »
– « Bien, vous ne m’avez toujours pas dit en quoi cela consiste?… »
– « Alors j’ai un poste en mode homme… et un autre en mode femme… »
– « Honnêtement mode femme ça ne me poserait pas de soucis mais mode homme je n’ai aucune expérience, je ne vois pas en quoi je pourrais vous aider sur un délais si court. »
– « Donc vous seriez intéressées? »
– « Oui, potentiellement »
– « Potentiellement quoi ENCORRRREEEE!!! »
– « Bien, vous me proposez un CDD de 2 semaines alors que j’attends une réponse pour un poste en CDI, donc oui, je suis intéressée, mais vous comprendrez bien que si l’autre employeur me rappelle, je lui répondrais favorablement. »
– « Et donc vous oseriez me PLANTERRRRR? »
– « Planter n’est pas vraiment le mot adéquat. J’ai l’honnêteté de vous le dire dès le départ afin que vous ne perdiez pas de temps, je ne connais pas encore les dates précises. A priori, même en cas de réponse favorable, je pense que cela pourrait être bon car l’employeur n’est pas à quelques jours près« .
– « Oui, enfin, il faut aussi se mettre à la place des recruteurs hein!!! Je veux bien vous rencontrer demain si vous êtes libres.« 

03 Janvier 2018 – 15h

Une jeune fille, entre 29/35 ans maxi me salue dédaigneusement en me reluquant de haut en bas. Elle me demande froidement de la suivre dans son bureau.
– « Alors, résumez-moi votre parcours, je ne sais pas où j’ai mis votre CV… »
Je lui tends un CV de secours que j’avais dans mon sac.
– « Je suis photographe de métier, j’ai par la suite travaillé en déco, blabla, blabla, et suite à une opportunité professionnelle, j’ai fait un peu de RH en SSII, je ne sais pas si vous connaissez... »
Elle me coupe la parole, me regarde à nouveau de haut en bas et me sort très directement :
– « Pfff, comme quoi y en a qui confie ce genre de tâches à n’importe qui… Poursuivez… »
Passablement énervée, je continue. 1 minute plus tard, elle me coupe à nouveau la parole.
– « Franchement, je ne comprends pas ce que vous foutez là. Non seulement vous ne correspondez pas au poste mais en plus vous semblez manquer de motivations. »
Je lui explique que je suis cliente de l’enseigne depuis 20 ans, que je connais bien le magasin, que j’aime la mode puisque je tiens un blog depuis 6 ans, que cela me permettrait d’avoir une expérience (même courte) dans un domaine différent et que chaque jour nous permettant d’apprendre de nouvelles choses, il serait regrettable de laisser passer une opportunité.
Elle continue sur le même registre. « Oui, c’est bateau ce que vous me dîtes, je ne décèle aucune motivation, pourquoi êtes-vous venue? Bon, vous avez des questions sur le poste? »
Je demande si c’est un corner, comment s’organise les journées, combien de collègues seront à mes côtés pour m’épauler.
– « Et vous n’avez donc que ces questions à me poser??? Ça montre bien à quel point vous vous en fichez! »
Je m’énerve poliment. « Non mais Madame, vous devriez être heureuse. Je n’ai pas de cahier de doléances. Je suis dispo tout le temps, du lundi au dimanche inclus, de 8h à 21h, je m’en fous des planning pour 15 jours, c’est pour un court remplacement, je ferais ce qu’il y a à faire. Inutile que je vous bombarde de questions sur le poste, ce sera la période des soldes donc pas le même travail que d’habitude, je ne vous apprend rien!!! De plus, ce n’est pas le poste de ma vie, c’est juste un remplacement pour un CDD de 15 jours. Je ne vais pas négocier x points cruciaux pour si peu de temps, je n’en vois pas l’intérêt. Et si vous rencontrez des candidats qui vous disent que vous leur vendez du rêve avec ce type de proposition, c’est que ce sont de bons menteurs, après libre à vous d’embaucher qui vous voulez!!! »
Elle sourit crispée, regarde sa collègue dans le bureau à côté et me dit « bon comme je suis sympa, je vais tout de même vous raccompagner. »
LOL, j’espère, vu qu’il faut un badge pour ressortir des locaux administratifs…

Je suis sortie de ce rendez-vous encore plus énervée que suite à ses appels. Je n’avez encore jamais rencontré une personne aussi impolie en entretien, surtout à un poste aussi important et stratégique que le sien. Je suis persuadée qu’elle ne m’a convoquée que pour voir ma tête et se foutre de moi avec sa collègue.

04 Janvier 2018 – 11h35

Mon iPhone a claqué dans la nuit. Un soucis de batterie suite à une mise à jour. J’ai passé la journée a essayé de trouver une solution pour le faire réparer. J’ai pu voir que la RH m’a laissé un message à 11h35 mais impossible de l’écouter. Je n’ai pu en prendre connaissance qu’à 17h30.
-« Bonjour Mlle XXXX, Madame XX des XX, comme convenu je me permets de vous recontacter pour vous faire un retour suite à notre entretien d’hier. Merci de me recontacter dans les plus brefs délais ».
Je rappelle donc.
– « Bonjour, mlle XX, je vous rappelle suite à votre message. »
– « Ah oui, merci d’avoir rappelé mais on se passera de vos services, merci, au revoir. »

 

 

Tout ça pour ça, la bonne blague jusqu’au bout. La nana me laisse un message juste pour avoir l’opportunité de me dire en face qu’elle ne veut pas de moi pour le poste!!!

Au moins, j’espère n’avoir plus JAMAIS de ses nouvelles! Sa collègue avait au moins les pieds sur terre et semblait bien plus professionnelle.

 

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La blogosphère en colonie de vacances

Je crois qu’après avoir écrit ces quelques lignes « coups de gueule », on va encore me détester mais ce n’est pas un drame, j’ai l’habitude, on me surnomme madame « pavés dans la mare », ce n’est sans doute pas pour rien…

Je traine beaucoup sur les réseaux sociaux en ce moment, la joie du chômage, on s’occupe comme on peut… Ces derniers temps, il y a une tendance qui m’agace fortement que je nommerais « la loi de la surenchère » et elle m’agace, non plutôt elle m’écœure vraiment car je la trouve indécente.

Les marques/agences de com ne savent plus comment intéresser les communautés de blogueurs (plutôt influents, ça va de soi) souvent blasés par la multitude de demandes reçues quotidiennement pour qu’elles acceptent de communiquer sur leurs produits.
Auparavant, on organisait un « event » dans un lieu quelconque (bar/resto), on y conviait quelques blogueuses ainsi que des « communicants », lesquels arrivaient à la bourre, mais une fois présents on ne pouvait guère louper leur visite éclair, prétextant un planning surbooké, ils repartaient au bout de 5 minutes chrono avec une petite attention (souvent revendue la semaine suivante sur leur vide dressing)… Bon, ce n’était certes pas un comportement plus déontologique qu’aujourd’hui mais ça avait au moins l’avantage d’être divertissant pour les autres…
Fut un temps (oui je suis un dinosaure de la blogo puisque j’y suis depuis 2009) où, une fois les communicants partis, ce type de rencontres pouvait être convivial, ça permettait de rencontrer des gens passionnés in real life, de faire des découvertes intéressantes… J’y participais alors avec plaisir.

 

Event L’Oréal – novembre 2013 avec ma blogocopine pro Lovalinda

Puis, les blogueuses sont devenues « influenceuses », la course aux likes est devenue effrénée au point que la quantité a pris souvent le dessus sur la qualité du contenu, les partages/rencontres étaient soudain intéressés, voire financièrement négociés. J’ai assisté à quelques scènes indécentes lors de conférences de presse où des filles dites « influentes » mettaient à genou de petites marques locales en leur demandant X pièces de leur collection gratuitement, voir leur faisaient du chantage, pour ne leur proposer en retour qu’un post de 2 lignes sur IG ou FB, j’en aurais vomi! Certaine ont même été jusqu’à voler de la marchandise en demandant des prêts de vêtements pour des shooting, qu’elles ont par la suite revendu en secret ou fait gagner sur leurs RS… Pathétique!
Certaine sont devenues de vraies connasses aux dents longues (oui j’assume mes dires). Sous le sourire hypocrite faux-cul de rigueur, l’envers du décors était bien moins rose. On est entré dans une sorte de compétition virtuelle ne laissant plus aucune place ni à la convivialité, encore moins à l’amitié, ni au partage désintéressé (le vrai, celui de la passionnée qui écrivait pour informer ses lectrices en toute impartialité)…
Inutile de vous préciser que j’ai cessé de me rendre aux events car je suis de nature à m’emporter facilement face à de tels comportements et à le dire en face sans trop de ménagement. Influente ou pas, au final, tu n’es personne, juste une fille parmi tant d’autres. Tu n’es qu’un cintre virtuel, utilisée par des marques à leur bon escient contre un peu de pognon et l’abandon de ta morale pour peu que tu n’en ais eu un jour. Il faut redescendre de ton piédestal, tu n’as pas trouvé le remède contre le cancer!!!
Bizarrement, ça ne plait pas… J’avoue que je ne me suis pas faite que des amies, mais je m’en fous, je n’ai pas besoin de gens néfastes dans ma vie…

Depuis quelques mois, la tendance s’est accélérée : location d’hôtel de luxe ou d’appartements grandioses, restaurants étoilés, privatisation de musées nationaux, de Karting, d’Escape Game, survol en hélico de zones parfois interdites, vol en montgolfière, envoi des blogueuses mode en voyage à l’autre bout du monde pour vanter tous et souvent n’importe quoi. Visite du poste de pilotage (TGV/Avion) pour mieux instagramer le moment…
A quand une visite de centrale nucléaire pour vanter les tarifs EDF?
Et pourquoi pas un petit repas à la table de Macron lors d’une prochaine période électorale?

 

Une partie de la #teamblogueusesmodemarseille avec Clélia hypiness.blogspot.fr , Diouk theworldofdiouk.wordpress.com , Elodie elodieblogmode.net et Linda www.lovalinda.fr – décembre 2013

 

Outre le fait que certaine prennent le melon (oui, ça se voit), face à la multiplication exponentielle de ces soirées surdimensionnées, me dérange aussi le grand déballage type Haul qui en découle avec un volume d’envoi qui paraît vraiment démesuré! Concrètement, même en se changeant 3 fois par jour, je ne vois pas comment les filles pourraient tout montrer. Une grande partie finit en storie éphémère de 15 secondes puis part dans des vide dressing dans le mois. Tout ce déballage de consommation effrénée souvent issue d’une mode loin d’être éthique m’écœure. Nous sommes dans la mode « poubelle » où on te pousse à acheter toujours plus en te forgeant des besoins qui n’en sont pas réellement, dans le but de consommer toujours plus pour finalement pas profiter de ce que tu as.
Certaine commence à en prendre conscience et en parle mais peu ont choisi de stopper cet engrenage.

Ne croyez pas que j’en m’en plaigne par jalousie éventuelle, étant un petit compte, je n’ai jamais voulu de tout ça. J’ai démarré en même temps que la plupart des « grandes » devenues pros. J’ai reçu les mêmes sollicitations dans le passé sauf que j’ai absolumment tout refusé. Je ne souhaitais pas devenir une influenceuse, je n’y vois d’ailleurs encore aujourd’hui aucun intérêt, je veux partager ma passion pour la Mode et inspirer le plus grand nombre. Je ne souhaite absolumment pas retrouver mon look en mode clone sur 15 nanas croisées dans la rue, je pense même que je prendrais peur.

D’autant plus que favoriser l’uniformité au lieu de la singularité va finalement à l’encontre de la Mode avec un grand « M ». Selon moi, ces influenceuses se disant passionnées par ce milieu se sont perdues en tentant de gagner leur croûte. Je comprends bien le fait qu’elles souhaitent en vivre en tentant de récupérer une part de gâteau, mais je pense que l’on peut parfaitement le faire tout en gardant son éthique, quitte à accepter de vivre avec un peu moins (on n’a pas besoin d’un sac Chanel, Céline and co tous les mois non?).

Ainsi, je constate avec regrets que les filles les plus inspirantes sont souvent mises de côté par les marques, soit parce qu’elles n’ont pas assez de followers (Gisèle is Nerdy en parlait en storie dernièrement) ou bien parce qu’elles ne rentrent pas dans les moules pré-constitués (branchée, excentrique, black, maman, ado, grande taille…)…
Je trouve ça triste de résumer la Mode à une segmentation mercatique, nous ne sommes pas des produits mais des individus. J’ai toujours été une grande consommatrice de blogs pour y puiser des idées. Hélas, le système a dérivé au point de formater des clones, il n’y a presque plus d’individualités dans cet univers (exemple de survivantes Matoushi  winnipeg merci les filles) et je lutte pour trouver encore de l’inspiration mais j’ai espoir qu’un excès de conscience en rattrape une poignée et que la blogosphère puisse renaître de ses cendres dans un futur proche…

 

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Pourquoi t’es grosse?

On dit que la vérité sort toujours de la bouche des enfants. Il semblerait que cela marche aussi pour les petits vieux perdant un peu la tête… Cette question, ma mamie ayant une sorte d’Alzheimer me la pose souvent. C’est comme si c’était une déception pour elle…
Il faut dire qu’avec le recul, cette banale interrogation, on me l’a tellement posée dans ma vie (même lorsque j’étais ado avec 20 kg de moins qu’aujourd’hui)…
A chaque fois, j’ai l’envie irrépressible de répondre : « et toi, pourquoi t’es con.ne? »

Ce que pensent les autres, je m’en fous, mais lorsque cela vient d’une personne qu’on estime, c’est parfois plus compliqué à appréhender. Je ne vais pas rentrer dans un discours disant que je me sens bien ainsi, ce n’est pas vrai mais ça ne me persécute pas non plus, je fais avec (de toute manière, on ne peut pas faire sans). Je n’y pense pas, sauf lorsque je trouve des vêtements que j’adore et que je sais avant même de les essayer qu’ils ne m’iront jamais. C’est une grande frustration lorsque l’on aime la Mode autant que moi.

 

La grossophobie, mince ou ronde, on peut toutes y être confrontées un jour ou l’autre. Ce qui m’énerve le plus, c’est lorsque le corps médical s’en mêle :

Combien de fois ai-je dû supporter le discours moralisateur : « Mademoiselle, vous êtes en surpoids, il faudrait penser à maigrir, à bouger plus et à éviter les Mac Do »!

Lol, c’est fou comme notre enveloppe corporelle peut induire de nous… Ça tombe bien, le Mc Do, je n’ai pas dû y mettre les pieds depuis 10 ans (à part pour prendre un café). Je déteste les aliments gras, même si oui, je suis gourmande. J’aime mon poulet sans peau, les plats sans sauce. Je mange un maximum de légumes, de fruits, de produits sains, pas industrialisés, pas de plats préparés, je fais presque tout moi-même. Je mange peu, je n’ai jamais faim. Quand mon père me donne des vivres pour 3 jours, ils m’en font 10.
Je marche entre 5 et 10 km/jour et lorsque mon corps & ma santé me le permettent, j’aime même le footing!
Bref, j’estime avoir une vie saine. Honnêtement, je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus pour maigrir, à part cesser de manger!

 

Je n’ai jamais été mince. Je mesure 1,61 et mon poids de forme est autour de 57 kg. Même à ce poids là, adolescente, mes médecins me persécutaient car j’aurais dû en faire, selon eux, pas plus de 48…
Mon poids le plus bas fut 52 kg en 2007, j’étais malade, blafarde, je saignais du nez non stop, je perdais mes cheveux par poignées. J’avais perdu plus de 17 kg en 8 mois sans rien faire, comme ça, d’un coup. Au lieu de chercher le pourquoi du comment, le corps médical me félicitait d’avoir ENFIN fait des « efforts »… et ne me croyait pas lorsque je disais ne pas avoir entrepris grand chose.

Il faut dire que j’ai un soucis d’hypothyroïdie dont je vous parlais ici découverte en 2003. Notre corps ne nous appartient plus avec cette pathologie. Les médecins ne peuvent pourtant pas l’ignorer.

Je me souviens d’une consultation en hôpital en 2011 qui m’a rendu folle de rage, où un éminent professeur m’a dit :

« Vous allez être hospitalisée 1 semaine, vous verrez, la bonne nouvelle c’est que vous allez forcément maigrir. Tout le monde sort plus mince de chez nous« …

J’ai trouvé ça violent… comme si c’était une quête du Graal, alors que j’étais venue faire des examens qui n’avaient rien à voir avec mon poids…
Bref, à la fin du séjour, j’avais pris 1kg et il s’est énervé en disant à ses internes :

« Ben elle a dû dévaliser le distributeur de sucreries du couloir« .

Quel manque de respect envers le patient! Cela n’avait pourtant rien d’étonnant! Chez moi, je ne fais que 2 repas/jour. Là-bas, j’en avais 4, sans pouvoir me dépenser physiquement… Pas besoin de faire 10 ans d’études pour en arriver à une conclusion logique.
Ce qui m’a le plus énervée, c’est qu’au fond, on pense que c’est de notre faute!!!
Il m’a alors fait consulter une diététicienne qui n’a rien pu modifier de mon alimentation car elle a estimé que j’ingurgitais 1400 cal/jour, ce qui n’est, semble-t-il, pas assez lorsque l’on pratique une activité physique…

 

Le grossophobie, j’y ai aussi eu droit plusieurs fois au cours d’entretiens d’embauche. Pas de manière frontale, toujours de manière insidieuse.
Par exemple, une fois, une créatrice de vêtements m’a fait comprendre qu’en plus du salaire, elle offrait les prototypes (tous en taille S/36) à ses employées, et que par conséquent, ne pouvant en bénéficier étant donné que ce n’était pas ma taille, c’était me léser dans ma rémunération que je ne puisse y prétendre. C’était une raison suffisante pour elle d’écarter ma candidature malgré mes compétences et mes 10 ans d’expérience… C’est triste, d’autant plus que je lui achetais régulièrement des fringues malgré ma taille 42/44. Elle a beau tailler petit, j’ai toujours trouvé mon bonheur dans sa boutique.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

C’est d’autant plus grave que je fais une taille considérée comme standard, c’est la taille de vêtement de la française moyenne, même si on ne la trouve pas beaucoup en boutique. Alors je n’ose même pas imaginer le quotidien des personnes souffrant d’obésité.

J’ai toujours espoir que les choses changent, que les gens prennent conscience que toutes les questions ne sont pas bonnes à être abordées sans risquer de blesser la personne en face. Je ne pense pas que notre poids résume la personne que l’on est au fond de nous.
J’irais même plus loin en disant que ça peut même être une chance d’être en surpoids, car cela permet au moins parfois d’écarter les personnes inintéressantes & néfastes qui pourraient potentiellement ne s’attacher qu’à notre aspect physique et nous aimer pour ce que nous paraissons plus que pour ce que nous sommes réellement…

 

Illustrations : Jeanne Lorioz Copyright

 

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